Alors il a rappelé jeudi soir.
Il a dit ça va, j'ai répondu non ça va pas.
J'avais très chaud soudain.
Et j'ai crié.
Tout de suite. Beaucoup.
Les mots comme un flot qui déborde.
Le volcan qui crache sa lave.
J'aurais pu parler pendant des heures.
Parce-que j'avais des jours et des nuits de doutes, de questions, de rêves derrière moi.
A l'autre bout, il se taisait.
Banquise Canadienne contre volcan Français.
Puis il a dit calmement laisse-moi parler aussi.
Je bouillonnais mais je me suis tue.
Sa négociation de contrat, son emploi du temps chargé, ses obligations, son pragmatisme, ses réalités, je vais au Canada rechercher mes affaires, je reviens le 13 et je commence à travailler le 14.
Nous sommes fin octobre.
3 semaines. Encore. Au minimum.
Et j'ai senti le décalage.
Il n'a pas le même trou au ventre que moi.
Je me suis sentie brûler.
Et j'ai dit et moi, et moi, et moi?
Mais je pense à toi.
Mais je le sais pas moi, je suis pas dans ta tête. Pourquoi tu me dis rien? Qu'est-ce qui a changé?
Rien n'a changé Joum.
Et pourquoi je sens que ça a changé moi? Pourquoi je sens que je ne sais pas tout, pourquoi je sens qu'il est si loin?
Et pourquoi il ne prévoit rien avec moi? Pourquoi il ne dit rien?
BORDEL??
J'ai senti mes joues qui s'enflammaient.
Et moi aussi j'ai une vie je te signale, avec ce que ça comporte d'obligations, d'occupations, etc.
Je sais Joum.
J'avais des allumettes dans l'estomac.
Et puis t'as bien le temps pour tes amis.
Mais non Joum ils me font les mêmes reproches que toi!
Mouais ... Mais de toute manière JE M'EN FOUS, moi je suis pas ton amie, je suis plus, et je suis là, à attendre un signe, un geste, un mail, un mot, n'importe quoi, pourvu que tu montres que tu penses à moi.
Et puis je n'ai plus eu peur, tout pouvait bien se consumer, j'avais ces flammes qui grandissaient en moi et que je ne pouvais étouffer.
Et puis t'as dit l'autre jour que je ne me battais pas mais c'est toi qui te bats pas, et qui laisses faire les choses sans rien y changer.
Mais je suis loin Joum. Je peux rien faire. Je sais qu'il y a des hommes qui tournent autour de toi.
Tu comprends rien décidément. Les autres hommes, je m'en fous. Je te veux TOI, TOI, TOI. Mais je t'attendrai pas 6 mois.
Et puis les mots encore, et j'ai crié encore, à l'autre bout soudain j'ai entendu qu'il souriait.
Et il a dit tu cries beaucoup, t'es une vraie gueularde, il riait, j'ai dit tu trouves ça drôle?
Il a répondu je trouve ça mignon.
Mignon.
Et j'ai senti malgré moi un sourire qui s'ouvrait dans mon ventre, mais je l'ai refermé aussitôt, parce-que j'avais ce manque cruel de Lui, que ça me faisait mal, que je n'oubliais pas ses silences, et ma passion frustrée, alors j'ai dit mais non, ce n'est pas mignon, je crie pour que tu m'entendes, pour exister à tes yeux, je voudrais ne pas crier, mais je suis en colère, alors je n'ai rien trouvé de mieux que crier, pour que tu comprennes aussi, et puis je voudrais juste que tu grandisses, je suis pas ta mère, et tu n'as plus quinze ans.
Même pas Joum. J'ai même pas quinze ans.
Ouais bah ta crise d'ado, je vais pas la supporter longtemps.
Et puis je la gère bien moi, ma crise d'ado depuis 10 ans.
Alors hein.
J'ai dit des mots qui brûlaient, il souriait encore.
Il se taisait, il me rassurait, il faisait l'enfant.
Et moi j'ai eu cette lassitude immense des hommes qui m'a submergée.
Et puis il s'est excusé.
Mais je veux pas d'excuses, c'est trop tard.
Joum, je t'écrirai plus souvent, je t'appellerai plus souvent.
Mais je veux pas que tu le fasses par obligation, parce-que j'ai crié, je voudrais que ce soit sincère, et pas superficiel.
Je m'excuse Joum.
J'ai entendu des voix derrière lui.
C'est qui?
Ils m'attendent.
BAH JE M'EN FOUS!!! Qu'ils poireautent! TU COMPRENDS?? JE M'EN FOUS des autres, ils te voient tout le temps EUX, ils sont tout le temps avec toi, EUX, moi j'ai rien, j'ai seulement 10 minutes pour te parler, EUX ils ont la baguette, moi j'ai que les miettes.
Il a ri encore.
J'ai ri un peu aussi. Parce-que bon ma comparaison n'était pas franchement géniale.
Et puis parce-que son rire, c'est une couverture.
Parce-que sa voix, c'est une pommade.
Mais NON ça ne pouvait pas être si facile.
Alors j'ai arrêté de rire.
Il a dit tu vas crier encore.
J'ai crié oui tu crois franchement qu'il fallait attendre juste que je m'excite comme ça pendant 10 minutes et puis que je me calme? BAH NON!! Et puis j'ai pas fini, je veux encore parler, tes copains peuvent bien attendre, de toute manière je les emmerde. Ouais parfaitement. Un par un.
Il a ri encore plus fort.
Bon Joum heureusement que je suis pas en face de toi, tu m'aurais frappé!
Ouais c'est sûr. Mais t'es pas en face de moi, t'es JAMAIS en face de moi. T'es pas là et c'est ça le problème.
Je sais.
Tu sais mais tu fais rien!! Et moi je suis comme une pauvre débile à attendre un fantôme. Et puis je mange plus beaucoup tu sais? Je suis en train de maigrir, et j'ai perdu tous mes seins.
Tu veux que je t'envoie de la crème glacée?
Tu sais quoi? Ta crème glacée tu peux te la mettre où je pense!!!
Ca veut dire quoi où je pense?
Fais pas semblant de pas comprendre le français, tu comprends très bien, ça veut dire où je pense POINT. Et puis c'est nul de la crème glacée, ton idée est nulle, elle va arriver fondue!
Il riait encore.
Et moi je ne savais plus.
Je me sens en plein drame, et lui en pleine comédie.
Je brûle, il reste calme.
Il me met hors de moi, je le fais rire.
Il y a un gouffre entre nous.
Et pourtant il y a ce foutu fil de complicité qui nous relie.
Alors j'ai eu envie de rire, j'ai eu envie de pleurer, j'ai eu envie de l'aimer, j'ai eu envie de le quitter.
Je lui ai dit je te laisse.
Il a répondu d'une voix forte on se parle bientôt.
J'ai dit doucement ça dépend uniquement de toi.
J'ai raccroché.
J'ai passé mes mains sous l'eau froide et je les ai posées à plat sur mes joues rouges.
J'ai fermé les yeux.
J'ai fumé.
J'étais paumée.
Je suis paumée.
J'ai envie de l'attendre, j'ai envie de l'oublier.
J'ai envie de me battre, j'ai envie de tout envoyer en l'air.
Il m'a mise entre parenthèses.
Un mois encore au moins.
On n'a pas les mêmes priorités.
Je suis déjà loin devant je crois.
Je suis une gamine, je suis grande, je suis une ado, je suis une femme.
Je suis un coeur qui vibre, un ventre qui gronde, une peau en attente.
Et je voudrais qu'il me parle de sa vie, je voudrais lui parler de la mienne, je voudrais qu'il me murmure ses souvenirs, que je lui murmure les miens, je ne sais rien des heures de son présent, il ne sait rien des heures du mien, on ne partage rien sauf quelques mots, est-ce que ça suffit, les mots n'apaisent pas le désir, et je voudrais son rire sur moi, je voudrais ses mains sur moi, je voudrais son regard jusque derrière mes pupilles, je voudrais ses rêves sous mes paupières, et mes rêves sur ses lèvres, je voudrais plein de petites choses avec lui, et même plein de grandes choses, des choses belles, des choses banales, je voudrais un quotidien avec lui, je voudrais juste l'amour avec Lui.
On est sans cesse en décalage.
Est-ce que je me trompe?
Est-ce que je suis seule à voir l'évidence?
Est-ce que ce n'est pas le moment?
Est-ce que ce ne sera jamais le moment?
Plus tard je lui ai écrit je ne veux pas la 2ème place quand je te donne la 1ère place.
Je suis lasse de passer après tout.
Alors j'arrête.
J'arrête de penser, je mets moi aussi toute cette histoire entre parenthèses.
Je n'en fais pas le deuil, je ne peux pas, je ne peux pas me dire que ce n'est pas Lui, ça fait trop mal, c'est trop tôt, mais je vais souffler un peu.
Je vais vivre. Pour moi.
Il a répondu il n'y a pas de 2ème place. Juste une place pour toi.
Et j'ai souri, malgré moi, j'ai senti comme du miel qui coulait à l'intérieur de moi.
Mes doutes se sont envolés l'espace d'un battement de cil.
Je le veux, Lui, encore, toujours.
Mais je veux plus que des mots.
Quelle place pour moi, hein, dis, quelle est cette place pour moi?
Je ne demande pas la Lune.
Je veux un j'arrive ou un viens.
Je veux une date, une perspective, un lendemain ensemble.
Mais je n'ai qu'un rêve qui commence à s'éloigner.
Je veux cette place, là, sous ta poitrine, dans ton ventre, entre tes tempes, je veux cette place derrière tes mots, je veux cette place au fond de ton regard, je veux cette petite place, juste celle entre tes mains.
Mais ma place est ici, dans ma vie, puisque je n'ai rien d'autre, puisque c'est déjà beaucoup, puisque j'y suis déjà bien.
Puisque je ne saute jamais sans parachute.
Alors je le laisse grandir un peu, Lui, de son côté.
Je le laisse revenir, peut-être, plus tard, quand il aura du temps et qu'il sera prêt.
Ou je le laisse partir.
Je sais pas. On verra.
Mais je le laisse se battre seul. Ou pas.
Je sais pas. On verra.
Et moi pendant ce temps, je vais ré-apprendre à respirer.
Et me refroidir un peu.
Il faudrait qu'un jour on arrive à se mettre à la même température.
Mais de ce que j'ai retenu de l'application du 2ème principe de Thermodynamique :
-la chaleur passe ... du corps chaud au corps froid,
-pour que les deux corps s'équilibrent à la même température ... les deux corps doivent être en contact thermique et doivent former un système total supposé ... isolé thermiquement de l'environnement.
Là, forcément, on a tout faux.
Commentaires :
Re:
(Voire un peu trop...)
Merci Eurydice et gros bisous à toi aussi :-))
Deuzio, je crois que j'ai saisi ce qui te ronge à ce point. Quand j'avais ma relation à distance, ce qui m'aidais à tenir c'était la perspective que dans un certain laps de temps je la reverais. C'était pas facile, mais il y avait cette horloge qui tournait et qui nourissait mes attentes. Et puis un jour, on s'est vu et je suis rentré chez moi en France. Et on avait rien prévu pour la suite, et là il n'y avait plus de perspective, plus d'attente, ou trop d'attente justement. L'idée que rien n'était planifié et que peut être si je ne faisais rien il n'y aurait plus jamais rien de planifié. Ce fut atroce.
Il y a vivre une relation a distance et vouloir y remedier (sous entendu, faire que cette distance soit comme un ennemi à combattre) et il y a vivre une relation à distance plantonique ou le plus important n'est pas de voir la personne.
Question de point de vu :)
Dors bien :)
Re:
Cet "enfoiré" parle super bien le français, donc globalement on parle français. Surtout quand je dois gueuler. J'ai pas encore l'aisance en anglais suffisante pour parler vite et avec colère ;-))
Par contre je lui écris en anglais. Je fais un effort quand même.
Oui tu as entièrement raison : l'idée de la perspective aide à supporter le manque et surtout donne une structure et une profondeur à la relation différentes.
Là, je suis dans le flou total.
C'est destabilisant.
J'ai bien dormi ;-)))
Bonne après-midi, je vais glandouiller :-))
je suis de l'avis d'Eurydice : pense à toi d'abord.
Comme Manzin et toi, j'ai déjà vécu une relation à distance. Elle n'a pas tenue, parce que l'autre me faisait toujours passer après le reste (j'avais 27 ans) ; et puis, au moment où il a pris un billet d'avion pour venir me voir, je n'avais plus envie et j'avais rencontré quelqu'un d'autre (et pourtant, je savais dès le début que ma relation avec l'autre ne durerait pas. Enfin, on est sortis ensemble pendant un an, quand-même)
Il y en a qui arrivent à garder leur relation parce qu'ils veullent dépasser l'adversité tous les deux, et finissent par trouver un terrain d'entente : un des deux va vivre avec l'autre, dans son pays ou sa région. Ils existent. Alors, pose-toi la bonne question : penses-tu qu'il pourrait travailler en France ou que tu pourrais le faire en Grande-Bretagne ou au Canada ?
Garde le moral, réfléchis bien à ce que tu veux, puis prends le temps de vivre pour toi pendant ces trois semaines.
Plein de bisous !
Re:
Je ne sais pas, je ne peux pas me dire ça maintenant, alors je ne me dis plus rien.
Je me contente de vivre pour moi, comme j'en ai besoin :-))
Les questions, je me les poserai plus tard.
Gros bisous ma Vendredasse, merci du soutien :-))
Les situations sont différentes mais les ressentis semblent être les mêmes au final. Il te manque un point fixe dans le temps que tu verrais se rapprocher, qui te permettrait de t'accrocher et qui te prouverait que tu n'es pas la seule à espérer. Je n'ai jamais vécu de relations à distance, je ne peux donc pas te donner des conseils de ce côté là. Mais je comprends. Je comprends cette rage que tu peux avoir souvent d'avoir le sentiment de t'investir plus, d'en souffrir et de ne pas avoir de signes en retour. Je comprends ce sentiment de découragement quand tu te sens seule à te battre...
Les mots, c'est facile, je pourrais t'en écrire des centaines mais c'est souvent plus dur de mettre en application. Le mieux c'est encore d'avancer au feeling, il n'y a rien de mieux, je crois. Si tu te sens dans une phase de lassitude par rapport à cette situation, laisse les choses évoluer d'elles-mêmes, occupe toi de toi et laisse aller. J'agis de plus en plus de cette façon et même si parfois ça ne fait pas me sentir mieux, j'ai moins l'impression de passer mon temps à brasser de l'air pour rien. A un moment, il faut accepter que l'avancée des choses ne dépend pas que de nous et de nos efforts.
Je te fais des gros gros bisous. Passe un bon week end !!!
Amethyst
Re:
Parfois j'ai envie de me battre, parfois j'ai envie d'arrêter. Ca oscille, mais je ne me mets plus aucune pression...On verra.
Gros bisous miss, et passe un bon début de semaine :-))
tellement vrai
coucou,
je te lis et tu dis souvent justement que ce qui te fais souffrir c'est le manque de communication de sa part. Je te comprends tellement. A chacune de mes relations, jai eu ce probleme. J'essaye en vain de comprendre pourquoi les hommes reagissent comme ca. Alors je me dis, cest peut-etre simplement les hommes qui sont comme ca. Ils n'ont pas besoin de communiquer autant que nous. Desfois je me disais "pas de nouvelles, ils ne maiment pas, ne sinteressent pas a moi" mais des que je fais une reflexion, ils disaient "je tiens a toi, je manque de temps.." ou alors ils pretextent que les mails ou le telephone ca ne leur convient pas, ils veulent avoir la personne en face. Jai limpression que cest toujours moi qui vait vers lautre, que je reponds aux mails sur le champ et que dans lautre sens, ca met des jours... Une fois jai dit "ton dernier mail remonte a la semaine derniere, ca fait longtemps que je nai plus eu de nouvelle" il repond: "attend cetait samedi dernier, je tai a peine ecrit". la notion de temps est differente... je cherche des reponses, jai lu "les hommes viennent de mars et les femmes de venus".. la seule explication que je trouve : nous sommes differents et avons des perceptions differentes. En tout cas une chose est sure : ENTRE FEMMES ON SE COMPREND !! :D
Re: tellement vrai
Oui nous sommes différents, et nos attentes sont souvent différentes. C'est vrai. Les femmes sont souvent plus sensibles.
N'empêche je connais des hommes qui répondent dans l'instant, qui communiquent autant que nous, qui aiment le téléphone, l'écriture, des hommes qui n'ont pas peur d'exprimer ce qu'ils ressentent, des hommes qui ont conscience des pas que l'on fait vers eux, des hommes sensibles...
Je ne sais pas si c'est vraiment une question de sexe. J'ai souvent tendance à généraliser aussi, parce-que les principales personnes qui m'ont faite souffrir sont des hommes, et que c'est plus facile de dire "j'ai cette lassitude des hommes", ceci dit, je crois que réellement, les hommes et les femmes sont différents pour la simple raison que nous sommes tous différents en tant qu'individu.
Bref j'arrête de faire ma donneuse de leçon, parce-qu'en plus, je ne suis sûre de rien, et que je te dis ça et que peut-être dans une heure je hurlerai "GIRLLLLLLLL POWERRR!! " ;-)))
Bisous Coline :-))
Ouh la, Joum ! Ca me fait un noeud dans l'estomac. ça a du être frustrant, comme conversation...
Si la seule solution est d'appliquer le 2e principe de la Thermodynamique, alors je ne vois que deux solutions (au choix):
eurostar (point) com
aircanada (point) com
Oui oui, je sais bien, c'est plus compliqué que ça en fait:-(
Re: Re:
Tu pars par exemple le 5 et tu reviens avec lui le 13. Vol direct au départ de Paris CDG, 8h45 nonstop pour $514. C'est donné, non ? :-) (je devrais me recycler en agent de voyage, je crois...) ;-)
Re:
Par contre ce sera Eurostar.
Après 3 semaines-1 mois de réflexion....
:-))


Fais un break ma ptite Joum.... Essaie de te vider un peu la tête... Je sais c'est tellement plus facile à dire qu'à faire.... Moi j'suis comme toi... Alors fais c'que j'dis mais fais pas c'que j'fais lol.... Non, un peu + sérieusement profites de ta vie même s'il est pas là... met le aussi un peu entre parenthèses et occupe toi de toi, uniquement de toi.... Fuis le il te suis, suis le il te fuit... comme dit le vieil adage... Enfin je me trompe peut être mais voilà mon pti avis...
Je te souhaite beaucoup de courage ma belle!
Gros bizouxxxxx